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Des psychologues-Kleenex ?
Des parents qui s'essoufflent

Face aux troubles du comportement de leur enfant, certains parents démunis, s’en remettent parfois après plusieurs années d’autogestion infructueuses, à un psychologue.
L’expression : « s’en remettent à » est à comprendre au sens littéral, les parents mettant consciemment ou inconsciemment tous leurs espoirs en cet expert de la dernière chance.
Après tout, c’est bien avec le pouvoir de guérison que l’on prête à ce spécialiste, qu’on peut espérer un effet placébo profitable.
Mais lorsque cet effet se dissipe et que l’on se trouve dans le dur, c’est-à-dire lorsque le changement tarde à s’opérer, c’est parfois le « désamour ». Il leur faut alors comprendre que le travail sera long, non-magique, et se rappeler peut-être de la mise en garde initiale qui leur avait été faite : « Cette difficulté peut évoluer favorablement à la condition que l’on puisse travailler ensemble et avoir en tête que le travail sera long ».


Les parents qui « s’en remettent » ainsi au psychologue, ont en effet tendance à penser que quelques séances suffiront. Le coût de la consultation est aussi un élément à prendre en compte, qui les amène à ne pas vouloir se projeter dans une prise en charge au long court.
Mais lorsque l’on reçoit un enfant qui présente des difficultés de comportement, il faut se représenter un fonctionnement installé depuis plusieurs années pour des raisons bien précises. Il est alors nécessaire d’explorer ces raisons. Et si beaucoup parviennent rapidement (quelques séances) à comprendre la raison du comportement de leur enfant, il ne faut pas pour autant penser que « compréhension » est égal à « résolution du problème ». La psychologie n’est pas aussi cartésienne que cela. Elle a besoin de temps pour que cette compréhension se traduise en effets positifs, de temps et d’abnégation de la part des parents comme de l’enfant concerné.


Et c’est bien là que le bât blesse souvent. Comment se fait-il que les mauvais comportements persistent ? Combien de temps faudra-t-il encore attendre ? On s’inquiète de la scolarisation, de l’avenir. On doute de la prise en charge. On doute du psychologue. A-t-il donné les bons conseils ? Ils s’essoufflent alors, et l’angoisse peut ainsi monter jusqu’à la rupture soudaine.


Que faire alors ?
Pour ceux qui ont arrêté la prise en charge prématurément, il n’est plus possible d’agir. Le psychologue se gardera en effet de courir après ces patients pour des raisons éthiques. Il ne pourra qu’espérer ensuite, qu’ils reprennent le travail incontournable avec un autre professionnel.


Pour ceux qui parviennent à verbaliser cette angoisse, à dépasser leurs doutes, et à comprendre que le psychologue propose avant tout une solution théorique, il est alors possible de les accompagner avec encore plus d’âpreté pour mettre en pratique cette solution. En psychologie, il peut paraître inapproprié de parler de courage et de persévérance, mais ces qualités sont bel et bien nécessaires, comme c’est le cas pour toutes les épreuves qu’un sujet doit affronter au cours de son existence.


Parfois, la prise en charge débute à peine, et l’on soupçonne déjà un découragement précoce poindre face à l’éventualité d’un non-résultat. On peut aussi sentir une sous-estimation de la difficulté qui augure également d’un découragement précoce.
Et pour ceux qui montrent une grande motivation, il faut dire qu’il y a quand même un essoufflement normal constaté si la prise en charge dure des mois et que l’enfant stagne.


Dans l’idéal donc, il faudrait une progression constante pour s’assurer de garder leur motivation intacte, mais l’on ne peut que rarement se retrouver dans cette situation favorable.
Mais plus largement, il est clair que la question ne se pose pas que pour les parents d’enfants en difficulté. Elle se pose pour tout patient engagé dans un travail auprès d’un psychologue. Il y a je dirais, presque toujours un moment où le patient s’essouffle, a l’impression de tourner en rond et donc, où il est tenté de remettre en question le bien fondé de son suivi.


Un psychologue novice qui n’aurait pas appris à endosser le bon costume, pourrait se faire rapidement prendre à ce piège et s’épuiser de vivre des abandons successifs.
Un psychologue plus aguerri, devrait savoir garder cette distance nécessaire, et s’attendre à chaque fois comme une espèce de normalité, à serrer la main de son patient pour la dernière fois. Il devrait accepter en quelque sorte d’être ce psychologue-kleenex que l’on jette vulgairement une fois la crise de larme passée. Ceci suppose d’avoir un narcissisme à l’équilibre et d’être préparé à cela.


Aux psychologues supportant difficilement ces ruptures, je conseillerais de bien se poser la question de la place qu’ils occupent pour le patient, et s’ils sont suffisamment armés pour l’occuper. Notre rôle est de supporter les bons comme les mauvais sentiments projetés, et de rester un repère fiable pour le patient qui, nous faisant vivre son histoire par son récit, aspire à nous y entraîner réellement (transfert).
Aux parents ou patients doutant de la prise en charge, je leur dirais que le doute, l’essoufflement, sont des choses normales qu’il faut savoir parler pour éviter tout passage à l’acte prématuré. Je leur rappellerais surtout qu’il est d’abord nécessaire qu’ils puissent compter sur eux-mêmes en s’appuyant sur le psychologue, et non l’inverse.  


Par Jean-Luc ROBERT
Psychologue clinicien

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