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  maitresse je t'aime

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Maîtresse je t'aime!


Au fil des prises en charge que j’ai pu mener à LezAPe, j’ai été frappé par le pouvoir quasi hypnotique que pouvaient exercer les maîtresses sur mes jeunes patients. Ce pouvoir va souvent bien au-delà de celui exercé par les parents eux-mêmes. Certains sont prêts à tous les sacrifices pour obtenir LE bon point de celle à qui ils font les yeux doux à longueur de journée. Ils sont clairement amoureux et redoublent d’efforts pour se démarquer parmi la multitude. Le système de récompenses de la maîtresse est d’ailleurs bien étudié pour cela. Il comprend une graduation qui va du mauvais comportement (pastille rouge), où l’enfant n’est pas loin de penser qu’il n’est pas aimé d’elle, au bon comportement (super bon point * GOLD *), pour l’élève modèle, l’enfant chéri qui aurait toutes les grâces de cette dernière. On comprend pourquoi certains sont malades à l’idée de devoir manquer une journée d’école pour un simple rhume. Un clivage peut alors s’opérer entre l’enfant indiscipliné que les parents connaissent au quotidien, et celui qui se plie aux quatre volontés de la maîtresse.


Comment cette magie opère-t-elle ?
Pour répondre à cette question, je pense qu’il faut se demander ce que peut représenter la maîtresse pour l’enfant. Elle est d’abord celle qui a le savoir, tout le savoir. Elle est admirable pour cela. Elle a la maîtrise de toutes situations, domine, dirige, mais aussi possède tous ces élèves qui se considèrent fantasmatiquement comme ses petits. On parle donc là du point de vue de l’enfant, d’un amour maternel qui se substituerait à celui de sa mère en l’absence de celle-ci. On parle d’un attachement qui s’opère au fil des jours à travers tous les petits temps partagés, alors qu’il est séparé sept heures durant de ses parents. Il va de soi en effet, que cette figure n’est pas qu’une enseignante. Elle est bien plus que cela. Elle aide par exemple l’enfant à mettre son manteau, à attacher son pantalon, ou elle lui fait un compliment qui le touche beaucoup. En somme, elle prend soin de lui, a les gestes bienveillants (parfois de tendresse) que peuvent lui dicter son contre-transfert 1 positif à son égard. Car oui, elle aussi peut ressentir pour certains un sentiment maternel et inconsciemment, considérer qu’il s’agit des siens. Tous les gestes quotidiens, comme les moments durs, seront ceux qui créeront du lien semaine après semaine. Ce phénomène est inévitable et même salutaire. Ces moments qui échappent aux parents, sont désormais inscrits dans la mémoire de l’enfant, et secrètement parfois il faut le dire, dans son cœur.


Pourquoi est-ce salutaire ?
Parce que cette maîtresse est le point de départ d’une séparation fondamentale lui permettant de trouver sa place parmi d’autres, de s’attacher à d’autres objets, et donc, de se sociabiliser. Cet attachement indispensable à un autre objet, permet à l’enfant d’évoluer dans son développement psycho-affectif. Alors oui, il est sain pour ce dernier que la maman soit en quelque sorte concurrencée par cette autre (maîtresse, nounou…), afin qu’il fasse l’apprentissage d’un amour qui se partage. Il comprend que la nounou ou la maîtresse comptent beaucoup pour lui, sans pour autant affecter l’amour qu’il a pour ses parents. En faisant cette expérience d’un amour non-exclusif, il peut comprendre qu’inversement, la maîtresse puisse aimer tous ses élèves, et doit accepter de partager son attention et son affection.

Les choses se corsent alors sérieusement pour ceux qui peinent à évoluer dans ce processus de séparation/individuation avec leurs parents, et qui logiquement, montrent de sérieuses difficultés d’adaptation à l’école.
Pour ceux-là, le partage est un calvaire. Un sentiment d’inexistence les assaille. Le lien à leur objet d’amour est menacé par tous ces autres qui veulent la même chose. Comment s’assurer de ne pas être oublié? Comment un adulte peut-il aimer et penser à plusieurs enfants en même temps ? Lorsqu’il pense à l’un, il oublie l’autre. C’est sûr ! Et l’autre c’est moi. Un enfant oublié qui n’existe donc pas (qui n’a pas de valeur) aux yeux de la maîtresse. L’angoisse monte alors et avec cette montée, tous les symptômes visibles que l’enfant révèle et qui compliquent la relation (on appellera ces symptômes : « des bêtises visibles qui ne pourront pas échapper à l’autorité et qui entraîneront des punitions souvent inefficaces »).


Pour l’enfant qui parvient à s’appuyer sur cette expérience de partage afin d'évoluer positivement d’un point de vue affectif, il s’agit au contraire d’une étape qui construit ses futures relations affectives à autrui. Lui aussi doit passer par des moments difficiles qu’il surmonte sans trop montrer sa peine. Il ne faut pas croire qu’il ne s’attache pas et que le partage est pour lui facile. Qui n’a pas ressenti ce pincement bizarre au moment où il fallait souhaiter de bonnes vacances à la maîtresse lors d’un goûter de fin d’année ? L’élève le plus turbulent comme le plus sage accusent alors le coup. On sait que quelque chose se termine et qu’à la rentrée, on devra accepter de ne plus être cet élève-là dans cette classe là avec cette maîtresse-là. Une situation que l’on aurait bien voulu voir perdurer indéfiniment. Mais non, il faudra bien investir un autre objet par défaut, en sachant pertinemment que cette maîtresse-là était la préférée qu’on n’aura jamais plus. C’est douloureux, mais ça se surmonte, et surtout ça fait grANdir.

Parce que finalement, qu’est-ce qui fait que l’enfant est si rapidement, fortement et exclusivement attaché à sa maîtresse sans imaginer de fin possible, si ce n’est son immaturité affective ?


1 Le contre-transfert désigne le sentiment inconscient qu'éprouve l'analyste en réaction aux sentiments inconscients ressentis par l'analysé dans le travail d'analyse. Dans notre exemple, la maîtresse ressentirait en retour et de façon inconsciente un sentiment maternel. Ce contre-transfert positif serait facilité par l’attachement démonstratif de ses élèves.


Par Jean-Luc ROBERT
Psychologue clinicien

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